Michel Poulain ou l’itinéraire passionnant d’un amoureux du froid…

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On le voit chaque année errer dans les allées du SIFA, toujours souriant, avenant et discret, avec l’impatience d’un adolescent attendant la prochaine conférence à venir.

Ce passionné en froid industriel et ex enseignant de l’AFPA d’Alençon, du haut de sa soixantaine, est depuis 8 ans un heureux retraité, qui partage sa vie entre sa famille et son amour du métier de frigoriste. Il en a fait un livre référence pour toutes les générations de techniciens, une bible incontournable et indémodable « le carnet du frigoriste ».

Itinéraire de cet homme heureux et témoin de l’évolution du métier de frigoriste  et de son enseignement sur les 40 dernières années…

1/Quel est votre parcours ?

Ma formation initiale est en mécanique générale, j’en ai fait  6 ans et puis après mon service militaire j’ai travaillé pendant 1 an dans un bureau d’études en tant que dessinateur pour les camions frigorifiques mais je n’étais pas encore frigoriste. Je faisais des calculs de résistance, du dessin… C’est à ce moment-là que  j’ai voulu devenir frigoriste.

2/Pourquoi ?

Mon père l’était, je connaissais le métier et des gens du métier mais hélas il est décédé avant de pouvoir me former.  J’ai tout appris avec ceux qui avaient formés mon père.

Dans les années 70, J’ai essayé de rentrer à l AFPA de Lorient mais à l’époque il y avait 3 ans d’attente. J’ai donc fait un stage de tôlerie tuyautage pour pouvoir faire du chantier puis je me suis fait embaucher chez MATAL à Lorient, une référence.

Là j’ai commencé les chantiers à l’ammoniac et le montage sur des petits bateaux de pêche. C’est une très bonne école, on apprend vraiment à tuyauter dans les salles des machines étroites. Matal était bien positionné pour les grosses installations agro – alimentaires sur la Bretagne et très bien représenté dans les ports de pêche à l’époque. Je suivais en parallèle par correspondance des cours théoriques complémentaires.

3/Quelle est la suite de votre parcours en froid industriel ?

J’ ai quitté Matal pour prendre la responsabilité de la glacière du port de pêche de Lorient qui possédait un très gros équipement à l’ammoniac : tunnel de surgélation , chambre de stockage, production de l’eau de mer stérilisé à l’ozone, fabrication de la glace pour les bateaux. J’ai géré une équipe de 40 personnes qui n’avait pas un seul frigoriste. J’ai été le 1er du groupe.  J’ai organisé les équipes et les tournées de maintenance. J’ai quitté le poste en 1991 car Je commençais à tourner en rond et la pêche rencontrait des difficultés..

Je suis reparti chez Matal et j’ai monté une antenne en froid industriel sur le Mans, l’objectif étant de développer l’activité avec les industries agroalimentaires locale mais ça n’a pas très bien marché. Puis j’ai été envoyé  à la Rochelle mais le projet était vraiment trop petit.

4/L’enseignement une suite logique pour vous 

J’ai été sollicité pour enseigner par à l’AFPA d’Alençon après 25 ans de terrain.  J’y suis rentré en 1993. C’était un changement de métier radical et la première année a été très très difficile.

Ce qui prend du temps est de savoir jusqu’où on peut aller avec des stagiaires dans l’apprentissage.

Nous avons installé avec ma classe une installation bi étagées à l’ammoniac Matal, c’était la première dans un centre de formation. Il y a avait également un groupe a vis et un compresseur bi etagé avec un congélateur a plaque.

5/Quelles ont été les difficultés ?

La mise en place de la première année et le manque de documents techniques. Mais je suis resté 15 ans à l’AFPA et je n’ai pas regretté d’avoir quitté le terrain.

6/Comment étaient les élèves à l’époque ?

La contrainte pour intégrer l’AFPA était d’avoir fait son service militaire. Les stagiaires avaient entre 25 et 26 ans et ça bossait. Ils intégraient tous la formation par choix et pas par dépit. Certains étaient électromécanicien dans l’agroalimentaire et voyaient le métier de frigoriste comme le « must ».

Ils faisaient 2 fois 2 semaines de stage qui aboutissaient la plupart du temps sur une embauche.

7/Y avait -il la promesse en sortie de formation d’avoir un emploi rapidement ?

Oh oui alors ! Les entreprises se battaient…

8/Avez-vous vu une différence au cours de ces 15 années d’enseignement ?

Quand la contrainte du service militaire a disparu, on a eu des stagiaires de plus en plus jeunes qui intégraient la formation et qui n’avaient jamais été confronté à la vie en collectivité. Certains refusaient de ranger et de nettoyer. Ils étaient vite recadrés par les anciens … mais Je n’ai pratiquement pas eu de problèmes de comportement en 15 ans d’enseignement.

Ça fait 8 ans que je ne suis plus enseignant. Aujourd’hui, L’AFPA a des difficultés à recruter des formateurs qui ont de l’expérience. C’est difficile de gérer des sessions de 12 élèves quand on a pas soi -même suffisamment d’expérience terrain. C’est une mauvaise passe pour cette école.

9/Comment vous est venue l’idée du « Carnet du frigoriste » ?

A ma retraite. Les élèves faisaient tous leur petit carnet individuel, leur mémo. Il y avait des manuels de froid mais pas d’aide –mémoire pour sa vie de frigoriste au quotidien. Le carnet est quelque chose qu’on retrouve lorsqu’au cours de sa carrière on a un peu oublié les manuels. Il y a des chapitres sur les pompes, le traitement d’eau, et une analyse de tous les cycles qui existent, sur les régulateurs et leurs applications.

Il y a une page de plan et une page de texte. Il y a très peu de renvois. J’ai mis 4 ans à écrire ce livre. J’ai redessiné tous les documents de constructeurs pour qu’ils soient didactiques. Le but est d’avoir ce carnet dans la voiture et de le consulter dès qu’ils ont une question.

Axima dit de ce livre qu’il est « indémodable ».

Les seuls changements qui peuvent intervenir sont sur l’évolution des fluides.

La première édition date de 2012 et il y a eu 3 réactualisations.

10/Est-ce que vous trouvez que le métier a changé ?

Les fluides évoluent tout le temps et aujourd’hui il y en a beaucoup. A mon époque il y en avait 2  dans notre voiture, le R12 et le R22. En revanche ce que je trouve bien depuis 10 ans est que l’on force les sociétés à récupérer le fluide. A l’époque on ne savait pas que c’était dangereux. On laissait les fluides dégazer à l’air libre !

Il y a aussi une grosse différence entre le froid industriel et commercial. Je crois que je n’aurais jamais pu travailler dans le froid commercial. Quand on est habitué aux grosses machines on a beaucoup d’informations sur place pour dépanner, pas en froid commercial. Les techniques du froid industriel sont allées progressivement  vers le froid commercial telles que la rédaction des fiches d’essai… Le froid commercial  a découvert les contraintes administratives il y a 10 ans seulement.

11/A quoi ressemble votre vie de retraité aujourd’hui ?

J’ai refusé pendant les 4 ans de l’écriture du livre, tout job complémentaire. je vais tous les ans aux conférences sur le SIFA et  au CFIA à Rennes, une référence pour le froid industriel. J’ai donné des cours à Nantes en froid industriel pendant 3 ans mais il y avait peu de retours. Je profite de ma retraite en famille aussi…

Propos recueillis par Joan Zaktreger 

« Le carnet du frigoriste » en vente sur internet et dans certaines librairies spécialisées.

http://www.lecarnetdufrigoriste.com

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